dimanche 15 novembre 2015

XXI. La bataille de Nantes




XXI. La bataille de Nantes
         
 « Toi, s’écria la princesse, je m’en doutais… Il n’y avait que quelqu’un d’assez proche pour espionner aussi efficacement.
-Eh oui, pauvre Nunuche, ta chère amie Suzon n’est qu’une poupée au service du Docteur Pendulus ! Et vous êtes tous perdus ! »
           La terrible mécanique se rua toutes pinces dehors sur la princesse qui avait en main un curieux pistolet en cuivre mais qui n’osait pas s’en servir contre son amie. Les pinces acérées sifflaient dangereusement et menaçaient de s’abattre sur la jeune femme qui pointait son arme vers la poupée-Suzon. Elle ne savait que faire. Il fallut le sang froid du commandant, au visage jusqu’ici recouvert d’un casque métallique, pour lui  rendre la maîtrise d’elle-même : « Princesse Marie-Caroline, ne vous laissez pas abuser par ce monstre ! Ce n’est pas votre amie Suzon ! Ce n’est qu’une pâle copie envoyée par Pendulus qui a cru nous berner ! » Furieuse, la poupée se retourna vers le commandant pour le faire taire à coups de pinces. Mais l’officier poursuivit : « Votre amie est toujours prisonnière de Pendulus ! Il l’a remplacée par cet automate alors que vous étiez inconsciente à bord du cirque à vapeur ! N’hésitez pas ! Faites feu !
-Mais comment pouvez-vous être sûr de cela, commandant ! J’aimerais vous croire, mais je ne peux pas abattre Suzon ! Comment savez-vous que ce n’est pas elle ?
-C’est très facile, princesse, hurla le commandant en retirant son casque. Depuis son retour, votre amie m’a refusé l’intimité que nous partagions depuis des mois ! Et sans raison ! Je l’ai laissée embarquer pour la confondre enfin. Voici le moment venu ! Je suis le lieutenant Dreyfus, fiancé de Suzon et commandant du « Jules Verne » ! Faites feu ! »
          La princesse s’exécuta. Un éclair bleu jaillit du pistolet et vint frapper la poupée-Suzon qui se mit à fondre en éructant des injures bien vite perdues dans le grésillement du métal en combustion.
-Bravo, princesse, vous l’avez mise hors d’état de nuire, s’enthousiasma le lieutenant Dreyfus. Maintenant, il nous faut passer Nantes, et ensuite… »
           Un souffle gigantesque suivi d’un bruit de tonnerre fit trembler le dirigeable. Suivi d’un autre. Puis d’un autre. Puis d’un autre encore. Ballotté comme dans une tempête, le « Jules Verne » sombrait en plein chaos. « Seigneur Jésus, geignit l’abbé Blanqui, voilà ce qui arrive quand on confie son destin à un israélite ! » Mais personne ne releva cette sortie déplacée. Le commandant était revenu à son poste, la princesse sortait tant bien que mal de son état de choc et Michel Ardan s’était  précipité vers les hublots :
-Nous sommes au-dessus de l’île de Nantes ! Bon sang, c’est impossible ! » Une explosion formidable vint l’interrompre mais il se  reprit bien vite. « Là, en bas, il y a un éléphant ! Un gigantesque éléphant qui nous envoie des obus avec sa trompe ! Je deviens fou ! Un éléphant…
-Pas de panique, Monsieur Ardan, répliqua Dreyfus. Enfin l’ennemi se dévoile ! La voilà, leur machine infernale. Sachez que Nantes est administrée par un ancien vice-roi des Indes Britanniques, Lord Moundbatten , proche parent de la reine Victoria. Il aura mis sa nostalgie de l’Asie au service de son instinct meurtrier ! » Sur l’île de Nantes, la masse imposante de l’éléphant mécanique se déplaçait lentement mais ajustait avec une précision de plus en plus dangereuse le tir de sa trompe à obus vers le dirigeable.
-Vous vouliez leur montrer notre puissance de feu, commandant. C’est le moment !
-A vos ordres, princesse ! » répondit Dreyfus en poussant une manette en zinc. Aussitôt, des centaines de petites billes aimantées furent comme pondues par le « Jules Verne » avant d’aller se fixer sur l’éléphant géant qui disparut  sous un déluge d’explosions minuscules.
« On lui a fait son affaire, ricana Dreyfus.
-Pas si sûr, intervint Michel Ardan, regardez ! Quelque chose ne va pas ! »

          Majestueux sous la fumée qui se dissipait, l’éléphant intact ajustait sa trompe pour un tir ultime et fatal. A bord du dirigeable, on retint son souffle. Mais soudain, les eaux de la Loire bouillonnèrent. Il en sortit un monstre marin, une baudroie immense. Son antenne flamboya et envoya un rayon aveuglant sur l’éléphant surpris qui s’écroula en feu.

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