lundi 5 octobre 2015

XIX - Le Manifeste






XIX. Le Manifeste

          Le dirigeable Jules Verne survolait tranquillement la Loire en direction de l’ouest sans qu’aucune menace ne se présentât dans le ciel clair.  Après l’expulsion de Mécamort, chacun avait repris son poste comme si rien ne s’était passé. La princesse, cependant, s’était isolée dans un salon de la nacelle de pilotage pour s’entretenir discrètement avec Michel Ardan.
          « Votre déclaration a surpris tout le monde, Monsieur Ardan ! Je cois même que certains de nos amis la considèrent comme une excentricité de plus de votre part.
-Pourtant, je vous assure…
-Rassurez-vous ! Moi je vous crois. Et beaucoup de choses s’éclairent enfin… Car mon parrain ne m’avait pas tout dit… Il avait simplement évoqué une mission lointaine dont vous reviendriez sûrement perturbé, voire amnésique. D’où la transmission de ce mot de passe « Anamnésis » que je devais prononcer lorsque la mémoire vous reviendrait.
-En somme, il s’agit d’un déconditionnement, comme une sortie d’hypnose ! Mais il me manque encore des éléments. Je sais que Michel Ardan est un nom de code, un pseudonyme mais je ne me rappelle toujours pas ma véritable identité. Et puis, comment ai-je pu vivre en 1871, puis en 2014, et maintenant en 1880 ? Ça n’a pas de sens !
-Non, en effet ! Pourtant l’explication est logique : Vous avez voyagé dans le temps ! Et vous êtes revenu avec le secret qui va nous sauver tous !
-Le voyage dans le temps ? Mais ça n’a jamais fait partie des projets de Jules Verne. Je me souviens maintenant des discussions que nous avions et des voyages extraordinaires qu’il espérait réaliser : le fond des océans, l’espace, le centre de la terre… Mais le temps, ça ne m’évoque rien !
-Cependant, c’est ce qui s’est passé ! Votre montre-bracelet le prouve. Elle est issue d’une technologie inconnue à notre époque. Vous êtes donc bien allé vous promener dans le futur…
-Et dans le passé ! Cela me revient maintenant. La Commune de Paris ! J’étais à la poursuite de Pendulus… Il se nommait ainsi à l’époque. Je devais… Ma mission était de le ramener en 1880. Oui, c’est ça ! Il était revenu nous annoncer qu’il allait changer le cours du temps et devenir le seigneur de toutes les époques.
-Anamnésis, Monsieur Ardan, Anamnésis ! Souvenez-vous ! Continuez…
-Je me souviens d’un très jeune homme aux côtés de votre parrain, presque un enfant. Il avait construit la première machine volée ensuite par Pendulus. Je me souviens de la deuxième machine à bord de laquelle je suis monté. Elle était magnifique, comme un oiseau d’argent orné des armoiries de France qui scintillaient sous la lumière.
-Continuez, Monsieur Ardan, continuez !
-Je me souviens du très jeune homme proposant à Jules Verne de commencer par un essai avant de m’envoyer à la poursuite de Pendulus. La même année que lui mais dans un endroit plus tranquille, à Chambord en juillet ! »
          La princesse blêmit et fit signe à Michel Ardan de poursuivre.
-Je me souviens d’un éclair gris-vert. Et je me souviens, oui, je me souviens très bien de la date inscrite sur le tableau de commande de la machine : le 5 juillet 1871 ! Dans le parc de Chambord, où je vis un homme qui tomba à genoux devant l’engin, comme en prière. Puis la machine est repartie et mes souvenirs deviennent plus flous.
-C’était mon père, Monsieur Ardan.
-Vous dites ?

-Cet homme, tombé en prière devant les armoiries de France, c’était mon père, Henri, Comte de Chambord, qui ce jour-là, publia un Manifeste où il acceptait à la fois de renoncer au drapeau blanc des rois de jadis et de monter sur le trône de France sous le nom d’Henri V ! »

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