mardi 14 juillet 2015

Le jour des corneilles


« Cette mélancolie tient en ce que vie et mort demeurent éternellement contraires, et qu’entre elles nul discours, nulle communication durable, et nul feu aprofond ne sont possibles ».  Le jour des Corneilles – Jean-François Beauchemin- Editions les Allusifs (page 159.)
Par cette simple phrase, on peut saisir toute la profondeur et toute la sensibilité du livre : Le jour des corneilles.

Nous sommes dans un tribunal. Un jeune garçon s’adresse au juge et aux membres du tribunal. Il leur raconte son histoire et comment il est arrivé devant eux. On suit son récit depuis sa naissance jusqu'à l’acte qui le condamne, ses questions, ses peurs, sa vie. Il vivait dans la forêt avec son père appelé Courge. Ce père lit dans les astres, craint l’Outre-Monde et ne semble pas avoir une once d’amour pour son fils. Dans sa quête d’amour familial et de reconnaissance, le fils Courge aperçoit les macchabés entouré d’une aura bleue. Parmi eux se trouve sa mère, morte en couches. Elle ne parle pas mais malgré tout, peut voir et réconforter son fils. D’autres personnages croisent le fil de la vie du fils Courge. Manon, le docteur, les villageois. Mais pas un n’est en mesure de lui expliquer le comportement de son père, brutal et misanthrope…

La mort, l’amour familial sont des sujets régulièrement traités dans les romans pour adultes. Mais les personnages sont rarement des ermites vivant en totale autarcie dans une forêt à la fois inquiétante et rassurante. Le fils Courge est malmené par son père depuis la mort de sa mère. Il a appris à vivre avec mais cherche à comprendre ce qui a pu transformer son père ainsi. Il le soupçonne de folie lorsque « ses gens » entrent dans sa tête. Mais il vit avec, il chasse, pêche, construit selon ce que son père lui dit allant parfois à rester trois jours au sommet d’une montagne pour attirer du gibier. Un jour son père se blesse et le fils Courge doit partir à la rencontre des villageois. Tout change. Il y découvre l’existence et le  sens du mot amour. Fort de ce savoir il cherche à tout prix à découvrir où se cache ce bien chez son père. Mais celui-ci, terrorisé par la perspective de la mort et par les prédictions qu’il voit dans les étoiles ne prête pas attention aux interrogations de son fils.

Ce roman n’est pas, comme on aurait tendance à la croire, la simple histoire de deux personnes recluses en forêt. C’est un ouvrage à portée philosophique sur des questions sans réponse : Vivants et morts peuvent ils encore se parler ? Sous prétexte d’être la chair de la chair de nos parents sont-ils obligés de nous aimer ? Jusqu’où doit-on aller pour qu’enfin il nous prête attention ? Le fils Courge tente de justifier son acte par ces questions sans réponses, par son franc parlé et sa détermination à comprendre. Comprendre est le mot essentiel de cet ouvrage. Il faut le lire avec attention. Ne pas hésiter à revenir sur ses pas, à relire des pages car chaque mot est nécessaire pour saisir le sens de cette histoire.

Une fois n’est pas coutume, je terminerai cette chronique par un avis rapide sur un film. Le film d’animation est sorti au mois d’octobre. Si vous ne l’avez pas vu, courez-y. L’histoire se base sur celle décrite dans le livre à la seule différence que si le film d’animation est accessible à un public à partir de 7 ans, le livre est vraiment à classer dans la catégorie adulte. Le dessin animé se base, en gros, sur la première partie du film : la blessure du père Courge et le séjour au village. Malgré tout, les questions complexes du livre sont amenées à un niveau de compréhension tout a fait abordable pour des petits. La représentation des morts tend plutôt à les percevoir comme des animaux fantastiques, la raison du comportement du père Courge est racontée du début à la fin. C’est un film tout en poésie, avec des dessins magnifiques et une sensibilité égales à celle du livre. Cepndant, si vous emmenez des enfants, il faut prévoir un accompagnement pour expliquer ces notions de mort et d’amour familial parfois absent.


1 commentaire:

  1. Je ne connais pas le livre, mais j'ai vu le film d'animation. Je l'ai trouvé vraiment émouvant (même si j'ai pas aimé les dessins ^^)
    un anime vraiment touchant que je recommande =)

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