lundi 13 juillet 2015

Episode 8 - Le maître des poupées


Suzon se réveilla dans un rêve de coton. Elle se sentait légère et apaisée. Auprès d’elle, son amie Marieke s’étirait en baîllant. Un nouveau monde s’offrait à ses yeux, ravivant les joies de l’enfance. 

Un jardin multicolore, où des dizaines de poupées clignaient des yeux en l’appelant « Maman », déployait ses arbres en pain d’épice et se cabanes en sucre. Elle prit une grande inspiration et se mit aussitôt à tousser plus fort qu’un tuberculeux. L’asphyxie sembla un temps la menacer  mais la désagréable impression cessa bien vite tandis qu’un vrombissement aigu lui vrillait les oreilles. Une voix haut-perchée, dont les « R » roulaient dans un acide qui se voulait doucereux, acheva de la ramener à la conscience. « Mille excuses ! Mille paRRdons ! Ô qu’allez-vous penser de moi ? Vous, supeRRbes cRRéatuRRes à la tRRagique destinée ! Vous que l’oRRage du hasaRRd a jeté suRR ma RRoute ! PouRRez-vous excuser votRRe Indigne serviteuRR ? »
          
Le petit être bossu s’agitait en tout sens, manquant à chaque geste faire tomber son chapeau haut-de forme démesuré et essuyant, à intervalles réguliers des bésicles aux verres fumés qui tenaient difficilement pincés entre ses yeux globuleux enserrant un nez long et crochu. « SuRRvivRRai-je à cette Humiliation ? SeRRa-t-il dit que de fRRêles jeunes filles ont été RRéduites à la détRResse paRR mon incompétence ? » Le bonhomme courait partout et son agilité força l’admiration de Suzon. Ses favoris grisonnants dévoilaient un âge déjà avancé qui ne semblait pas faire obstacle à l’énergie démentielle qu’il déployait « Heu, excusez-moi, Monsieur ? risqua Suzon revenue de sa surprise
-Ah, chèRRe enfant. Vous avez RRepRRis vos espRRits, enfin ! J’étais moRRt d’inquiétude. Vous avez doRRmi  plusieuRRs HeuRRes et vous devez une fièRRe chandelle à mon duo magique qui vous a tiRRées des RRuines ! Mais ne vous inquiétez plus, vous êtes en sûRReté chez nous ! »  La princesse, tout à fait réveillée, se dressa les poings sur les hanches. Autour d’elles, les poupées firent alors entendre d’inquiétants cliquetis. « Mais de quoi vous mêlez-vous, le drôle ? tonna Marie-Caroline en utilisant le terme qu’elle considérait comme le summun du mépris. Nous ne vous avons rien demandé et d’ailleurs, nous n’étions nullement en danger ! Qui que vous soyez, je vous ordonne de nous laisser partir sur le champ ! Au nom de sa majesté Henri V… »

-Dont vous êtes la fille bien aimée, je ne l’ignoRRe pas ! Mais vous savez, les appaRRences sont souvent tRRompeuses. VotRRe demoiselle de compagnie et vous, n’êtes pas du tout pRRisonnières ici ! Toutes ces poupées vous pRRotègent caRR s’il en allait autRRement, votRRe  sommeil n’auRRait jamais pRRis fin… RRegardez ! » Le petit homme actionna une manette sur un tableau en bois. 

Aussitôt, en un vacarme étourdissant, les petites mains des poupées de porcelaine tombèrent au sol, laissant apparaître de fines pinces acérées qui se mirent à fouetter l’air en sifflant. Leurs sourcils étaient froncés et leurs visages barrés d’un mauvais rictus tandis qu’elles ricanaient atrocement. Puis, remontant la manette, leur maître leur rendit leur sourire. Elles rechaussèrent leurs mains de porcelaine et se mirent à marcher, les bras tendus vers les jeunes filles en les appelant « Maman ». 

Deux ombres pénétrèrent dans le jardin multicolore et les jeune femmes s’aperçurent qu’elles se trouvaient sous un chapiteau de toile qui avait l’air en mouvement. « Eh bien, je cRRois que tout le monde est là. Nos deRRniers invités viennent d’aRRiver ! C’est le moment de vous diRRe à tous : Bienvenue dans l’incRRoyable CiRRque à VapeuRR du DocteuRR Pendulus ! »

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