lundi 13 juillet 2015

Episode 7 - Nom de code : Albatros


Une ride bien connue de ses collaborateurs plissa les sourcils du Ministre. « Général Mac-Mahon, vous m’avez bien dit que la princesse Marie-Caroline était en route, n’est-ce pas ? Voilà plus d’une demie heure que nous l’attendons.
-Je ne comprends pas, Monsieur le Ministre. Dès qu’elle a eu entre les mains la montre de Monsieur Ardan que j’avais confiée à son amie Suzon, les gardes m’ont certifié l’avoir vu quitter sa chambre pour se rendre au conseil.
-Cela ne me plaît pas ! Quelqu’un l’a-t-il vue dans les ascenseurs d’urgence ?
-Aucun rapport ne m’est parvenu à ce sujet, Monsieur le…
-S’l vous plaît, Mac-Mahon, assez de salamalecs ! C’est vous qui êtes responsable de la sécurité de la famille royale, oui ou non ? Dépêchez-vous d’aller aux nouvelles ! »
          
Jules Verne fit mine de ne pas remarquer l’air dépité du général et ignora également le sourire satisfait des autres membres de l’Etat-Major. Il se leva brusquement et alla se planter les mains derrière le dos face à Michel Ardan en déclarant avec bonhommie :
« Eh bien, Monsieur, depuis votre arrivée, nous ne nous ennuyons pas ! Un bombardement, un objet étrange et inconnu, une disparition de princesse. Vous pourrez bientôt vous vanter dans vos mémoires de surpasser les intrigues des romans de Monsieur Eugène Sue… »
          
Faisant fi du protocole, il prit ensuite le jeune homme par l’épaule et s’adressa aux officiers sur un ton qui ne souffrait aucune réplique :
« Monsieur Ardan et moi, partons à la recherche de nos jeunes retardataires. Quant à vous, rejoignez vos bureaux et soyez prêts à toute intervention d’urgence. Au nom du roi, je compte sur vous ! »
          
Les deux hommes pénétrèrent dans la cage d’ascenseur qu’un mur coulissant sous les cartes venait de révéler. Dès qu’ils furent seuls, Michel Ardan tenta une nouvelle fois de s’expliquer :
« Ecoutez, je vous assure que je ne comprends pas ! C’est de la folie…
-Oui, je sais, je sais ! Nous avons sous-estimé certains  paramètres. Marie-Caroline aura sans doute omis de communiquer à nos laboratoires des données importantes. Mais nous étions pris par le temps… Oui c’est cela, par le temps ! Cependant, il y a plus grave pour l’instant ! Nous devons absolument retrouver la princesse et sa demoiselle de compagnie. Ce sont elles qui détiennent votre montre !
-Qu’est-ce que ma montre vient faire dans cette histoire ?
-Voyons, Monsieur Ardan, c’est l’élément-clé de notre projet ! Celui qui permettra à notre patrie de remporter la victoire finale sur ses ennemis ! Lorsque la mémoire vous sera revenue, vous comprendrez le sens de mes paroles. Pour l’heure, nous voici parvenus à la piste d’envol. Suivez-moi ! »
Michel Ardan, stupéfait, sortit de l’ascenseur pour découvrir une grande plateforme à ciel ouvert sur laquelle reposait une curieuse machine équipée de deux hélices verticales et de deux ailes en métal, découpées comme celles des chauves-souris. 
« Voici le premier né de notre flottille, Monsieur Ardan, se rengorgea Jules Verne. En hommage à notre regretté Charles Baudelaire, je l’ai baptisé « l’Albatros » ! Car si « ses ailes de géant  l’empêchent de marcher », il n’a pas d’équivalent en ce monde pour sillonner les airs. Il peut embarquer cinq hommes : un pilote, deux tireurs d’élite et nous. Je peux vous l’avouer maintenant : je n’ai aucune confiance en ce Mac-Mahon qui doit son poste à son renoncement à la dignité de président de la République ! Si nous voulons retrouver la princesse, un seul moyen : la machine volante ! »

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