lundi 13 juillet 2015

Episode 5 - La salle des cartes


« Messieurs il est grand temps d’ouvrir ce conseil extraordinaire. Celui que nous attendions avec impatience est enfin revenu de la mission qui lui avait été confiée. Nous allons, maintenant entendre son rapport. »
Un murmure de six membres de l’Etat Major ponctua le discours de Jules Verne. L’un deux se leva brutalement et prit l’assistance à parti :
« Monsieur le Ministre, Messieurs, je dois vous avouer ma désagréable surprise. En tant que responsable de la surveillance extérieure, je n’ai jamais été informé du contenu de cette mission. On a simplement envoyé une note à mes services concernant une opération « Michel Ardan » décidée par le cabinet secret du Grand Ministère. J’ai même, un moment, cru à une supercherie en reconnaissant le nom de l’un de vos plus célèbres personnages de roman…
-Je rends hommage à votre culture littéraire, général Boulanger, sourit Jules Verne. Permettez-moi cependant de vous interrompre afin de vous éclairer au plus vite sur cette opération qui a amené notre agent à effectuer un voyage encore plus fantastique que celui qui mena naguère son homonyme imaginaire de la terre à la lune ! »
         
Le Ministre avait mis de son côté les rieurs et les curieux. Il poursuivit en s’adressant à Michel Ardan sur un ton autoritaire.
« Fort bien, Monsieur, nous y voilà ! Les effets de l’amnésie doivent maintenant s’estomper. Dites-nous qui vous êtes et d’où vous venez.
-Mon Dieu, c’est un cauchemar… Oui, en effet, je commence à me souvenir. Je m’appelle Michel Ardan, c’est vrai… Mais personne ne m’a jamais confié aucune mission. J’ai eu un accident de voiture sur la route de Chambord. C’est ça ! Je venais de Paris et je roulais vite parce que j’allais être en retard pour la livraison à la boutique du château. J’ai perdu le contrôle, j’ai couru dans la forêt et puis il y a eu le bombardement, l’arrestation et…
-Un instant, Monsieur Ardan ? Pouvez-vous nous dire en quelle année nous sommes ?
-En quelle année, mais en 2014, bien sûr. Et vous qui m’interrogez, si vous êtes Jules Verne, vous devriez être mort depuis plus de cent ans ! D’ailleurs, vous êtes romancier et pas politicien. J’aimerais qu’on m’explique cette farce ! C’est une nouvelle attraction touristique ?
-Une dernière chose, Monsieur Ardan, quel est actuellement le régime politique de la France ?
-C’est une République, voyons, et vous le savez bien ! La Cinquième depuis la Révolution ! Avec un président qui se nomme…
-Vous voyez, Messieurs de l’Etat-Major, c’est un cas classique de délire consécutif à une action intense et dangereuse. Mais nous allons rendre totalement la mémoire à ce malheureux ! »
          
Jules Verne actionna un levier en bronze à droite de son fauteuil. Aussitôt les quatre murs de la pièce disparurent dans le plafond laissant place à des surfaces métalliques entièrement ornées de magnifiques et gigantesques cartes de l’Europe et du monde. Le Ministre se leva et se dirigea vers celle qui lui tenait à cœur.
« Voici votre pays, Monsieur Ardan, la France en cette fin de dix-neuvième siècle. Vous vous souvenez maintenant ? Elle n’occupe plus qu’un territoire réduit, de la Sarthe à la Garonne et de l’Atlantique au Rhône. Et sous la monarchie d’Henri V de Bourbon, vous allez nous aider à la débarrasser des envahisseurs anglais et prussiens ! »



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