lundi 13 juillet 2015

Episode 4 - Le grand ministère



          Saisi sans ménagement dan sa cellule, le prisonnier crut sa dernière heure venue. Cette désagréable impression fur confirmée lorsqu’un soldat le plaqua contre le mur en lui pointant un pistolet sur la tempe. On lui banda les yeux tandis qu’on enchaînait ses poignets derrière le dos.
« Emmenez le, grogna une vois qu’il ne connaissait pas. Lorsque vous serez dehors, vous avez vos instructions ! Et ne laissez rien  au hasard.
-Bien, Monsieur le Conseiller, à vos ordres ! Patrouille, en avant, marche ! »
         
L’odeur de l’extérieur était saturée d’incendies qui le firent violemment tousser. Il trébucha sur des gravats, poussé par des crosses de fusil qui lui heurtaient le dos à chaque fois qu’il faisait une pause pour tenter de reprendre l’équilibre. Il entendait autour de lui les gémissements d’une foule qu’il devinait affairée dans des décombres fumants.
« Où allons-nous ? s’écria-t-il. Je ne comprends rien à ce que vous me voulez.
-Nous sommes arrivés, ne vous inquiétez pas ! Pour vous, c’st la fin du voyage ! Il sentit qu’on le collait contre un mur et comprit qu’on allait le fusiller.
« Soldats, à mon commandement, en joue… »
         
Il n’entendit jamais la suite. Le mur venait de pivoter sur lui-même, le mettant à l’abri de la rafale dont les impacts ne meurtrirent que de vieilles pierres moussues. « Un passage secret ! pensa-t-il, soulagé. Ce n’est pas possible, je suis en plein roman populaire ! »

 La même voix rocailleuse qui avait ordonné de le sortir de prison lui souhaita cette fois la bienvenue : « Monsieur Michel Ardan, je suis ici sur la demande expresse de mademoiselle Maris-Caroline de France, duchesse du Berry et comtesse de Chambord, afin de vous conduire auprès de Monsieur le Ministre…
-Tout cela est très aimable de votre part mais je ne comprends toujours rien ! J’ai eu un accident plus loin sur la route et je cherche du secours. Allez-vous enfin m’expliquer cette sinistre mise en scène ?
-Toujours choqué, ‘est-ce pas Monsieur Ardan ? Soyez sans crainte. Nous avions prévu la chose. Vous reprendrez très bite vos esprits. Et j’espère que vous nous pardonnerez toutes les précautions que nous avons dû prendre pour vous mettre à l’abri de nos ennemis. » Sans lui ôter son bandeau des yeux, on le détacha et on le guida avec déférence dans un dédale de couloirs où il perçut d’étranges bruits métalliques et d’innombrables échos de voix qui se répercutaient dans des espaces qu’il imaginait immenses. Enfin, on lui fit faire halte et on lui retira le tissu qui le rendait aveugle. Il se trouvait face à une grande table ovale autour de laquelle étaient assis une demi-douzaine de personnages en uniformes gris qui le fixaient avec une intensité gênante car trop inquisitrice à son goût. L’un d’eaux, déjà blanchi sous le harnais militaire, s’adressa à l’homme qui se tenait à ses côtés : « Alors, Monsieur le Conseiller, le fils prodigue est de retour ? Voici donc le fameux Michel Ardan ? Vous me permettrez, mon général, d’attendre l’arrivée du ministre avant de répondre à vos légitimes questionnements. Voyez-vous… ».
Il fut interrompu par la voix forte d ‘un huissier qui ouvrit un battant de la grande porte de fer annonçant :

« Messieurs, pour la présidence du conseil extraordinaire du Grand Ministère, je vous prie de vous lever afin d’accueillir dignement le Ministre du progrès et de la reconquête, Monsieur Jules Verne. »

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