lundi 13 juillet 2015

Episode 3 - L'objet mystérieux


Un tourbillon d’étoffes réveilla la jeune femme qui somnolait depuis peu. « Marieke ! C’est incroyable, regarde ça !
-Ecoute Suzon, je veux bien qu’entre-nous on évite le protocole, l’étiquette et toutes ces puérilités qui ont cours là-haut mais ce n’est pas une raison pour te sentir autorisée à me réveiller en sursaut !
-Pardon Madame, je vous fais la révérence et je suis bien honteuse mais Bon Dieu, Marieke, c’est urgent ! Lève-toi vite !
-Allons bon, quelle mouche te pique encore ? Et puis cesse de jurer à tout bout de champ, tu sais que ça agace notre abbé Blanqui ! Qu’as-tu donc de plus grave à m’annoncer que ce fichu bombardement qui m’a empêché de travailler en silence ? »

Comme si elle voulait laisser au mystère le temps de s’installer, Suzon reprit l’attitude d’une demoiselle de compagnie et se tut. Sa maîtresse en conçut un dépit immédiat et l’apostropha vivement :
« Eh bien ça y’est ! Me voilà levée ! Quel est encore ce caprice ? Tu vas finir par me faire perdre patience et je vais te renvoyer dans tes plaines de buveurs de bière occupées en ce moment par d’autres buveurs de bière et tu te sentiras en famille ! »

L’affront était classique et ne provoqua aucune réaction chez Suzon, elle-même trop effrontée pour s’émouvoir d’une telle sortie. Elle savait bien que sa maîtresse ne pensait pas un mot de ce qu’elle disait at qu’elle aurait préféré mourir sur place que de la livrer aux envahisseurs d’Outre-Manche installés depuis trop d’années dans sa bien aimée Flandre. Décidant d’ajouter de l’aplomb à l’insolence, elle troussa cependant un discours aux faux –airs respectueux :
« Mademoiselle Maris-Caroline de France, duchesse du Berry et comtesse de Chambord, j’ai l’honneur de vous apprendre que la garde royale s’est saisie cette nuit d’un homme étrange que l’on soupçonne d’être un espion au service des « autres buveurs de bière », comme votre altesse nomme si bien nos ennemis…
-Et alors, petite impertinente ? La chose n’est pas peu fréquente en temps de conflit! Cela mérite-t-il ton irruption matinale dans ma royale chambrée ?
-Votre altesse serait plus inspirée en parlant de grotte ou de laboratoire car cette couche monacale où vous ne reposez que quelques heures ne saurait être comparée aux appartements de Sa Majesté votre père !
-Je te l’accorde volontiers, mais viens-en au fait, s’il te plaît. »

Prenant des airs de conspiratrice, Suzon se rapprocha de celle qui était devenue sa confidente et son amie et qu’elle osait surnommer Marieke, en hommage aux femmes de sa patrie perdue. Dans la pénombre de ce sous-sol humide qui servait à la fois de gîte et d’atelier pour la princesse Marie-Caroline, Suzon dévoila un bracelet dont le centre était occupé par un tableau minuscule de chiffres en perpétuel mouvement.
« Qu’est-ce donc  que ceci, Suzon, et d’où le tiens-tu ?
-Le geôlier l’a pris au prisonnier qui s’est écrié : « Pourquoi m’enlevez-vous ma montre ? 3 Mais ça n’a pas l’air d’une montre à gousset, n’est-ce pas ?
-En effet ! Et ce prisonnier me semble bien intéressant ! A-t-il dit son nom ? »
La princesse blêmit d’un coup en s’entendant répondre Michel Ardan »


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