lundi 13 juillet 2015

Episode 2 - L'arrestation





Son allure de somnambule au milieu des ruines fumantes ne le protégea pas longtemps. Il fut interpellé vivement par un groupe d’hommes armés « Et,  toi ! Où comptes-tu aller comme ça ? Tu ne sais pas que c’est l’heure du couvre-feu ? «  Le couvre-feu ! Dans ce paysage incendié, la remarque avait quelque chose d’incongru qui le fit sourire malgré-lui.
« Mon capitaine, cet individu là, on dirait qu’il trouve ça drôle !
-Vraiment, soldat ? Eh bien voilà qui est intéressant… Voyons ce pèlerin de plus près. «  Le capitaine sorti du groupe. Il était vêtu d’une capeline sombre et portait une casquette ornée d’un « H » en métal. Il s’adressa à l’inconnu sur un ton ferme mais presqu’enjoué : « Alors, mon ami ! On fait sa petite promenade nocturne, à l’heure du couvre-feu et en plein bombardement ennemi ? Vous aviez sans doute le projet de découvrir la capitale sous un angle différent ? » Les soldats de la patrouille ricanèrent en armant leurs fusils. « La capitale? s’étonna l’inconnu, vous plaisantez… Nous ne sommes pas à Paris. Et puis, un bombardement, ça n’a pas de sens. Il y a des dizaines d’années que nous sommes en paix…
- Ça suffit, coupa l’officier. J’ai horreur qu’on joue au plus fin avec moi. » Il dégaina son sabre et le pointa vers l’inconnu. « Vous allez nous suivre sans faire d’histoires, sans quoi je me verrai au regret de vous trancher la gorge sur le champ pour insubordination et, pourquoi pas, d’espionnage au profit d’une puissance étrangère ! » Devant la détermination du capitaine, l’inconnu jugea bon de ne rien répondre et emboîta le pas de la patrouille qui l’encadra en le menaçant de baïonnettes luisant au clair de lune.
         
Pendant le trajet, il tenta une nouvelle fois de rassembler ses idées. Quelque chose, dans sa mémoire, devenait moins flou. Il se rappela avoir perdu le contrôle de son véhicule et s’en être  extirpé après avoir heurté un arbre et s’être retrouvé dans le fossé. Il se souvint aussi… Mais un ordre bref le ramena au présent.
« Conduisez ce personnage à l’intérieur du poste de garde, dans la salle des interrogatoires !
-Bien, mon capitaine, faut-il l’enchaîner à la machine ?
-Pas encore, soldat ! Je suis sûr que notre ami saura se montrer coopératif et que nous n’aurons pas besoin d’utiliser ces méthodes déplaisantes. »
          
Tremblant, il fut poussé sans ménagement dans un espace faiblement éclairé où l’attendait un petit homme à lunettes écrivant à la plume sur une table en bois.
« Votre nom et votre prénom, je vous prie ! »
L’inconnu se surprit à répondre sans hésiter : « Michel Ardant » « Quel est votre métier et que faites-vous dehors à cette heure ? «  Cette fois, il ne trouva rien à rétorquer et reçut, comme un coup de poing dans l’abdomen, la déclaration du petit homme :

« Au nom de sa Majesté Henri V, je vous inculpe, en ce 14 juillet de l’an de grâce 1880, d’intelligence avec l’ennemi et de complot au profit de l’Empire Britannique et du royaume de Nouvelle Bretagne!»

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