lundi 13 juillet 2015

Episode 17 - Les canons d'Amboise


          
Les premiers impacts ne firent que cabosser la nacelle mais le commandant jugea plus prudent de faire immédiatement prendre de la hauteur au dirigeable. « Il nous faut passer le plus vite possible, ordonna la princesse, et en nous abstenant de riposter ! Ils ne doivent pas connaître notre puissance de feu. »  
          
Le « Jules Verne » s’approchait à grande vitesse du château d’Amboise qui n’était plus qu’une sinistre forteresse aux fenêtres garnies de canons énormes dont les fûts multiples rappelèrent à Michel Ardan les prototypes de Léonard De Vinci. « Ils sont donc parvenus à les faire fonctionner, s’exclama-t-il admiratif, s’attirant aussitôt la réprobation unanime de ses camarades de combat.
-Ils n’ont pas eu beaucoup de mal, ricana l’abbé Blanqui. Ils nous les ont volés, comme on l’avait fait autrefois à Montmartre ! Ô Sainte Vierge rouge ! Vous avez donc perdu l’esprit à ce point mon fils ? Voyez les bannières qui ornent le château, cela vous remettra les idées en place ! »
          
Michel Ardan reconnut le symbole qui ornait les drapeaux et resta bouche-bée. Un croissant de lune s’y superposait à l’étendard britannique. « Ça alors ! vociféra l’abbé. Même le «  Croissant-Jack » ne vous dit rien ?
-Le Croissant-Jack ? Quelle est cette nouveauté ?
-C’est le signe satanique de la plus pure traîtrise ! La marque des ténèbres !
-Allons, du calme, Monsieur l’abbé coupa la princesse. Monsieur Ardan a visiblement besoin d’explications plus précises et plus sereines. »     
           
Des explosions se faisaient entendre à plusieurs dizaines de mètres en contrebas du dirigeable provoquant d’inoffensifs panaches de fumées. «  Nous sommes dorénavant hors de portée, triompha le commandant.
-Félicitations, mon ami ! Cela va permettre d’éclairer la lanterne de Monsieur Ardan, un peu rétive à l’allumage ces derniers temps ! » La princesse ne laissa pas le temps de répliquer à cette saillie vexante. « Nous survolons en ce moment le Sultanat d’Amboise, un état microscopique autoproclamé depuis que son ancien préfet a trahi notre confiance en faisant alliance avec les anglais !
-Je les avais pourtant prévenus, à l’Etat-Major ! s’insurgea le commandant.
-Il a raison, Monsieur Ardan. Noua avons manqué de prudence. Pourtant, en faisant revenir à Amboise l’émir Abdel Kader, après sa libération par le deuxième usurpateur et la fin de la république, nous pensions lui donner des gages en le nommant préfet d’une ville de métropole. Et en échange, nous lui demandions de maintenir le calme dans nos provinces d’Afrique du Nord. Mais, en réalité…
-En réalité, on ne négocie pas avec les Mahométans ! Qu’Urbain II m’en soit témoin et Godefroy de Bouillon aussi…
-Ça suffit , Monsieur l’abbé ! Tout cela n’a rien à voir avec les croisades ou je ne sais quelle guerre de religion. Ce n’est que de la basse politique !
-Que voulez-vous dire ? s’étonna Michel Ardan d’un ton mal assuré qui tentait de couvrir le tintamarre de l’artillerie ennemie.
-C’est malheureusement très simple, reprit la princesse. Après l’invasion anglo-prussienne de 1875, la déroute de nos armées conjuguée à la duplicité diplomatique naturelle des britanniques s’est soldée par un changement d’alliance immédiat de la part du préfet Ab’ El Kader. Il a accepté de devenir « l’épine en travers de notre gorge » sur la Loire contre l’indépendance du Sultanat de Maghreb et d’Amboise.
-Une belle sacro-sainte alliance d’hérétiques vomis par l’Enfer !  siffla l’abbé Blanqui entre ses dents.
-Mais nous sommes en train de leur donner la leçon ! » s’amusa le commandant.

Un atroce grondement lui apporta un cinglant démenti. La nacelle venait d’être éventrée par un projectile énorme qui se déplia en grinçant horriblement. « Voici un nouveau tour du célèbre homme- obus Mécamort ! Soldats de France, applaudissez ! »

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