lundi 13 juillet 2015

Episode 16 - Vers le large


« Espion, avoue, espion ! » Michel Ardan se débattait pour échapper aux griffes des membres du Grand Ministère. Grimaçants, les généraux se précipitaient vers lui tandis que le capitaine des gardes et le Commandant de l’Albatros lui barraient la retraite afin de le diriger  vers la machine à interrogatoire du petit homme à lunettes. Et tout cela accompagné des rires déments de la princesse Marie-Caroline et de son amie Suzon : « Ah ! Vous ne vous souvenez plus de rien ? Eh bien, nous allons les réveiller vos souvenirs, Monsieur Ardan ! Vous les réveiller, Monsieur Ardan ! Réveiller… »
         
Il sentit qu’on le giflait avec force. « Réveillez-vous, Monsieur Ardan ! Ah, vous voici enfin de retour parmi nous ! J’ai bien cru que je n’arriverais jamais à vous faire revenir. J’ai même été contrainte de vous souffleter. J’espère que vous me pardonnerez cet écart. » La princesse, soulagée, souriait. Elle était vêtue d’une façon inhabituelle, sanglée dans un uniforme en cuir, la chevelure emprisonnée sous un petit casque métallique dont les lunettes étaient relevées. »Avez-vous assez de force pour vous lever ? » Michel Ardan fit un signe de tête approbateur et s’assit d’abord sur la banquette pour reprendre ses esprits. Il regarda autour de lui avec inquiétude. L’endroit lui était totalement inconnu.
« Où sommes-nous ? bredouilla-t-il. Que m’est-il arrivé ?
-Suivez-moi jusqu’à la fenêtre, vous allez comprendre ! »
          
Michel Ardan eut un mouvement de recul involontaire. La fenêtre, qu’il aurait mieux valu qualifier de grand hublot, donnait sur le vide du ciel, ou plutôt, en y regardant bien sur un paysage calme qui lui était maintenant familier… Mais qui défilait à une vitesse surprenante !
-Vous reconnaissez la Loire, n’est-ce pas ? Je ne voulais pas que vous manquiez cela ! J’ai l’honneur de vous apprendre que vous vous trouvez dans la nacelle de pilotage du dirigeable « Jules Verne » !
-Mais comment… je ne me rappelle pas être monté à bord !
-Décidément, c’est une manie chez vous ! Non, ne le prenez pas mal, je vous taquine ! A présent que nous sommes en sécurité avec nos amis fidèles et entre personnes de confiance, je peux tout vous révéler ! » Postés à d’autres hublots, Michel Ardan reconnut Suzon, l’abbé Blanqui et le commandant de l’Albatros qui le saluaient discrètement. « Je vous prie de m’excuser pour ce subterfuge, Monsieur Ardan. Sachez qu’il a reçu l’aval de sa majesté mon père sur ma proposition. Et sachez également que tous nos amis ont subi le même sort que vous. Ils se sont réveillés quelques minutes plus tôt, voilà tout ! 
-Vous voulez dire que nous avons été délibérément drogués ?
-Comme vous y allez ! Disons plutôt « momentanément anesthésiés ». C’est le moyen le plus sûr que j’ai trouvé pour vous maintenir en sûreté le temps des derniers préparatifs avant le décollage.
-Nous sommes restés sans connaissance pendant combien de temps ?
-Tout au plus soixante-douze heures ! Souvenez-vous du succulent repas que nous avons partagé au palais pour nous remettre de nos émotions après l’épisode de la bombe désamorcée. Il était arrosé d’un bon petit Cheverny auquel j’avais ajouté une dose de cheval d’anesthésiant. Ensuite la garde royale vous a installés dans une pièce secrète avant de vous transférer à bord du dirigeable. Je ne pouvais pas me permettre de risquer votre vie car l’ennemi est puissant. Il a réussi à s’introduire au sein même du palais et il fallait vous soustraire tous à ses menées obscures !
-Oui, je comprends. Mais que faisons-nous au-dessus de la Loire ?
-Nous filons droit vers l’ouest, vers l’océan, pour récupérer les fameux plans qui rendront ce dirigeable invincible. Mais d’ici-là…
-D’ici-là ?
-Nous allons avoir besoin du concours de tous pour franchir l’espace aérien d’Amboise et affronter les forces du préfet félon Abdel Kader ! »


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