lundi 13 juillet 2015

Episode 15 - L'attentat


Quelques jours après les funérailles de Jules Verne, Michel Ardan fut convoqué à une séance extraordinaire du cabinet secret du Grand Ministère. Une escorte vint le chercher à la porte la chambre qu’il occupait dans une dépendance du palais souterrain pour le conduire à la surface. La cage d’ascenseur s’ouvrit sur une salle minuscule où siégeaient quatre personnes autour d’une table ronde recouverte de cartes et de manuscrits.
          
« Bienvenue dans la bureau de la Reconquête, Monsieur Ardan ! Nous vous attendions ! » La princesse Marie-Caroline s’était levée et faisait les présentations : « A votre gauche, le général Faidherbe, chargé de la coordination des opérations secrètes ; à sa droite, le professeur Hetzel, responsable de l’information scientifique et de la propagande, et devant vous, l’amiral Laffitte qui vient d’être nommé chef de cabinet en remplacement de mon parrain. » Michel Ardan crut bon d’esquisser un claquement de talons et inclina la tête devant cet impressionnant aréopage.
          
« Asseyez-vous, je vous en prie, Monsieur Ardan, sourit l’amiral Laffitte. Je remercie son altesse de vous avoir convié à notre réunion de crise. Nous pouvons maintenant commencer nos travaux. Princesse, nous vous écoutons !
-Merci, Amiral. D’abord, je tiens à féliciter Monsieur Ardan pour son courage et sa fidélité à la couronne. Sans lui, je ne serais pas là pour introduire les débats et notre projet n’aurait pu aboutir… » Quelques applaudissements discrets mais sincères ponctuèrent cette déclaration. « Ensuite, je tiens à vous présenter l’objet que notre ami a rapporté de sa mission. Regardez ! C’est avec cette étonnante montre-bracelet à l’affichage lumineux automatique que nous aurons raison de l’ennemi ! Voilà. Je compose le code « 2-0-1-4 », c’est l’année d’où Monsieur Ardan prétend revenir, et vous allez voir ou plutôt entendre révéler l’endroit où nous allons pouvoir récupérer les plans qui permettront à notre dirigeable d’être quasiment invincible ! Ecoutez, messieurs, écoutez ! » Un petit craquement, puis une voix trop bien connue de la princesse sortit de la montre : « SuRRpRRise ! Vous avez RRefusé l’hospitalité du docteuRR Pendulus ? Tant pis pouRR vous, PRRincesse, condoléances ! » Un bruit suraigu jeta tout le monde à terre, en un mouvement de terreur bien inutile devant l’imminence de l’explosion de la bombe. Seule la princesse restait tranquillement assise en secouant la montre devant son visage. « Boum ! fit-elle avant d’éclater de rire. A malin malin-et-demi, cher Docteur  Pendulus. Il n’y a pas  que vous qui vous y connaissiez en mécanique amusante. Les jeunes filles de la haute société savent aussi, parfois, désactiver un mécanisme de mise à feu ! » Penauds et incrédules, les quatre hommes se relevèrent et vinrent entourer la princesse Marie-Caroline qui les toisa irrespectueusement : « Vous me décevez, Monsieur Hetzel, je vous croyais plus au fait de mes capacités. C’est vous qui êtes à l’origine de mon goût pour la science avec votre « Magasin d’Education et de Récréation » que le lis depuis mon enfance. Quant à vous, Monsieur Ardan, j’ignorais que vous étiez un agent du Docteur Pendulus et de sa foire aux monstruosités !
-Mais je… Je… n’y suis pour rien ! Je ne savais même pas que…
-Rassurez-vous, je plaisantais ! Et j’espère, messieurs que vous me pardonnerez cette mise en scène puérile mais c’était le plus sûr moyen de vous prouver que mes soupçons sont fondés ! Il y a un traître au palais !
-Comment ? s’indigna le général Faidherbe, mais c’est impossible !
-Impossible n’est pas français, mon général ! Car je ne vous ai menti qu’à moitié. Après avoir trouvé le code, j’ai effectivement entendu le message vocal m’indiquant la cachette des plans. Puis j’ai dissimulé la montre.
-La bombe y a donc été installée ensuite, s’écria l’amiral. Mais qui donc connaissait l’endroit où vous l’aviez déposée ?

-Moi seule, répondit la princesse Et tout le problème est là ! »

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