lundi 13 juillet 2015

Episode 14 - Adieu au "Lys de France"


Michel Ardan était muet d’admiration. La princesse en profita pour lui exposer la situation qui lui sembla, une fois de plus, incroyable. : « Vous êtes ici dans la salle d’assemblage final, sous le parvis du château. C’est là que nos ingénieurs sont en train de mettre la dernière main à notre arme secrète sont vous nous avez fourni l’ultime composante, Monsieur Ardan ! » Toute souriante, Marie-Caroline agita devant lui la montre qui lui avait été confisquée à son arrivée. « Il y a là-dedans, l’ingrédient suprême qui va nous permettre de terrasser l’ennemi. Mais inutile de vous en dire davantage tant que vous n’aurez pas totalement retrouvé la mémoire. Soyez seulement fier du travail accompli par nos savants sous la direction de notre regretté Jules Verne…
-Et de Mademoiselle Marie-Caroline de France, toujours modeste ! lança une voix forte répercutée par l’écho.
-Suzon ! Tu nous a retrouvés ? Mais comment as-tu pu pénétrer ici sans que je t’accompagne ? Tu as forcé les points de garde ?
-Madame oublie sans doute l’intérêt que me porte le lieutenant  Dreyfus, responsable de la sécurité du site ?
-Ah oui, grommela l’abbé Blanqui, ce Dreyfus, je le connais ! Un vrai cœur d’artichaut. Ça ne m’étonnerait pas qu’il nous attire des problèmes un jour, celui-là ! » Et, toujours grommelant, il récita deux «  Je vous salue Marie »
-Ça suffit vous deux, s’emporta la princesse, j’étais en train d’expliquer l’importance de notre projet à Monsieur Ardan.  Alors assez de minauderies et de bondieuseries ! Le lieutenant Dreyfus est un excellent élément qui possède la liste de toutes les personnes autorisées à venir sur le site ! » Suzon s’enferma dans un silence boudeur et Marie-Caroline reprit son exposé. « Regardez, Monsieur Ardan, la merveille que nous avons face à nous ! Elle surpasse tous ce qui s’est fait jusqu’ici. Battus à plate-coutures, les Giffard, Dupuy de Lôme et Tissandier ! Renvoyé au magasin des accessoires, « l’Albatros » qui a coûté la vie à mon cher parrain. Voici le projet le plus ambitieux né de notre collaboration… Une machine volante autopropulsée à double énergie, pétrole et électricité ! Voyez comme elle est majestueuse, avec ses nacelles multiples et ses cent cinquante mètres de long ! Ses nombreuses hélices lui permettront des manœuvres rapides et son armement impressionnant portera la destruction par canonnade, mitraillage et bombardement. Grâce à ce miracle du modernisme, nous établirons la paix pour longtemps sur notre vieux continent ! »
          
Michel Ardan n’avait toujours pas prononcé une parole, sidéré par ce monstre volant que son imagination avait été incapable de seulement envisager. Sa réaction fut aussi naïve qu’imprévue. « Quel nom lui avez-vous donné ? » La princesse secoua la tête et répondit : « L’abbé Blanqui penchait pour « Le Fléau de Dieu », mon parrain pour «  L’Epouvante ». Finalement nous nous sommes mis d’accord pour le baptiser « Le Lys de France », symbole de notre pays et de la victoire ! » Un long sifflement interrompit alors les discours et les travaux dans le gigantesque hangar où nichait la terrifiante machine. « C’est l’heure ! chuchota l’abbé Blanqui. Notre bon Ministre Jules Verne est mis en terre en ce moment même. Recueillons-nous quelques instants en sa mémoire. Et prions le créateur pour qu’il…
-Je connais un moyen, moi, pour que sa mémoire reste vivante ! » Suzon venait de commettre le sacrilège de crier à pleins poumons. « Cette machine, c’est lui qui l’a conçue. C’est à lui et à personne d’autre que notre pays devra la victoire. Alors, je vous le demande à tous ! Que le Lys de France devienne aujourd’hui «  Le Dirigeable Jules Verne » ! »

         
Une salve d’applaudissements résonna dans le hangar pendant de longues minutes.

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