lundi 13 juillet 2015

Episode 13 - Au bout du labyrinthe


Depuis qu’il avait connaissance du subterfuge insensé qui masquait à l’ennemi l’existence de la cité souterraine de Chambord, Michel Ardan se demandait si le château était, lui aussi, un décor de théâtre doublé d’un chef-d’œuvre du camouflage. Il espéra avoir la réponse lorsque la princesse Marie-Caroline le convia d’autorité à la suivre en compagnie de l’abbé Blanqui. Une cage d’ascenseur dissimulée dans un couloir du palais les mena tous trois à la surface. Lorsque la porte s’ouvrit, Michel Ardan eut la surprise de constater qu’ils étaient parvenus sous un monticule artificiel qui s’ouvrait sur l’orée du bois d’où il avait pour la première fois- « Etait-ce vraiment la première ? » songea-t-il un instant- contemplé la vraie-fausse capitale de cette France inconnue de lui. « Un de nos nombreux paysages d’urgence, sourit la princesse. Il nous faut maintenant marcher un peu pour rejoindre le château ! » Michel Ardan eut l’impression de revivre son arrivée en ces lieux. Mais cette fois, le soleil brillait fort et il put tout à loisir admirer le travail de trompe-l’œil qui bernait l’ennemi depuis si longtemps. Des bâtisses de plâtre étonnamment réalistes tenaient lieu d’habitations tandis que des ruines savamment fabriquées avant d’être noircies donnaient l’illusion de maisons détruites et calcinées. « Chef-d’œuvre théâtral, n’est-ce pas Monsieur Ardan ? Encore une idée de mon parrain…. » 

L’enthousiasme de la princesse se perdit malgré elle dans un sanglot presqu’imperceptible. « Mais nous y voilà ! » Michel Ardan eut du mal à dissimuler sa déception. Ils étaient encore bien loin du château, rassemblés sous une cheminée, aussi haute que solitaire, faite de briques poussiéreuses et qui crachait une inquiétante fumée bleue. « Je comprends votre désappointement, Monsieur Ardan, mais vous n’auriez quand même pas voulu priver notre bon abbé Blanqui de ses dévotions alors que je le prive déjà d’oraison funèbre pour les obsèques de mon parrain ?
-Quoi, vous voulez dire… s’étouffa presque Michel Ardan, que sous cette cheminée, il y aurait…
-Il y a ! triompha la princesse
-Il y a… soupira l’abbé
-Il y a une église ? s’exclama Michel Ardan à demi-suffocant.
-Les voies du Seigneur, mon fils, sont impénétrables. Je vous l’ai déjà dit. Mais accompagnez-moi plutôt en ce saint lieu pour invoquer la Providence. Quelque chose ou Quelqu’un me dit que nous en aurons bien besoin.
-Amen ! » conclut la princesse avant de pousser quelques briques et découvrir une salle lumineuse ornée de vitraux peints, d’un autel de marbre et d’un orgue majestueux dont les tuyaux d’argent laissaient échapper cette fumée bleue qui avait tant perturbé Michel Ardan.

« A genoux mon fils, supplia l’abbé d’une voix douce. Nous avons beaucoup à nous faire pardonner. Moi le premier, pour avoir accepté que la Maison du Seigneur soit maquillée comme une courtisane dans un triste carnaval politique, son altesse royale pour avoir accédé aux demandes quasi-hérétiques de son parrain et vous-même pour refuser d’être le bras armé de notre sainte cause ! » 

Michel Ardan voulut répliquer mais la princesse leur intima l’ordre de faire silence et alla s’agenouiller devant une statue de Saint Michel terrassant le dragon :  «  Très cher saint patron de notre amnésique compagnon présent parmi nous, daignez nous accorder votre soutien dans les heures douloureuses qui nous attendent ! » Elle se saisit d’un cierge qu’elle s’en fut planter sur une excroissance métallique devant la statue. Dans un bruit de tonnerre, la statue pivota et le mur de briques s’ouvrit. Michel Ardan suivit la princesse et l’abbé Blanqui le long d’un interminable couloir qui finit par déboucher sur une salle très vaste où s’affairaient des centaines d’individus équipés de lunettes opaques et de blouses noires. Un écho puissant répercuta les mots de la princesse : «  Nous voici au cœur de notre projet secret ! »

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