lundi 13 juillet 2015

Episode 12 - Soupçons


Deux jours s’étaient écoulés depuis le sauvetage de la princesse et l’arrivée triomphale des barges de l’Albatros à Chambord. La joie avait cependant cédé la place à la consternation et à la tristesse lorsque le commandant avait annoncé la disparition de Jules Verne. La grande cité souterraine était entièrement pavoisée de noir sur l’ordre du souverain qui venait  de perdre le plus précieux de ses sujets. La princesse Marie-Caroline, au grand désespoir de son amie Suzon, ne quittait plus sa chambre-laboratoire et refusait toute visite. Son confesseur, l’abbé Blanqui, un ancien révolutionnaire converti après la Semaine Sanglante de 1871, s’était lié d’amitié avec Michel Ardan, soulagé de rencontrer quelqu’un qui avait vécu des événements dont il avait, pour une fois, entendu parler à l’école. « Les obsèques de notre bon ministre sont fixées à demain, Monsieur Ardan, et elles auront lieu à la surface. Je ne doute pas que notre cher disparu aurait goûté tout le sel de la situation. Etre enterré au-dessus de la tête de ceux qui survivent, même symboliquement dans son cas, ce n’est pas banal ! Cela rappelle les excentricités dont il aimait à parsemer ses romans. Vous ne trouvez pas ?
-Sans doute, Monsieur l’abbé, mais je n’arrive pas toujours pas à savoir où j’en suis et j’ai beaucoup de mal à avoir un avis sur tous ces événements qui me dépassent. Pourriez-vous m’aider à y voir plus clair ?
-Mon ami, les desseins du Seigneurs sont impénétrables et lorsqu’il le jugera nécessaire, il dissipera votre malaise ! Pour l’heure, je prévois un chamboulement rapide de vos pensées. Regardez qui voilà ! »

D’un pas assuré, la princesse Marie-Caroline s’avançait en direction des deux hommes qui devisaient sur la terrasse du palais, surplombant de plusieurs dizaines de mètres les habitations creusées dans le tuffeau. Elle brandissait la montre de Michel Ardan en s’écriant : » Ça y est, je le tiens ! Il m’a fallu deux jours mais j’ai fini par le trouver le code ! Heureusement que j’avais dissimulé la montre dans mon labo avant d’aller au conseil, le jour où les deux faces de Carême nous ont enlevées. A mon avis, c’est pour cela qu’ils nous ont gardées en vie, avec Suzon. Ils voulaient nous faire dire où nous avions caché l’objet. Fourtredieu, on l’a échappé belle !
-Que votre altesse surveille son langage et qu’elle cesse de s’exprimer comme son vieux maître d’armes, Monsieur Denfert-Rochereau.
-Excusez-moi, mon Père, mais l’heure est grave et tant pis pour les convenances. J’ai d’ailleurs dû moi-même faire taire mon chagrin bien vite afin de poursuivre l’œuvre de mon parrain. Au travail, messieurs !
-Mais tout de même, Mademoiselle, le temps du deuil, les obsèques de Monsieur le Ministre demain…
-Ecoutez, mon Père, je fais appel à votre lointain passé d’agitateur politique… Et ne vous signez pas comme cela, ce n’est pas honteux !  Réfléchissez plutôt…  Pensez-vous que cela soit un hasard si Chambord a été bombardé la nuit même où Monsieur Ardan est revenu ? Est-ce que l’enlèvement dont j’ai été victime est une malheureuse coïncidence ? Et la mort de mon parrain, est-elle liée à la malchance ? Allons, vous voyez bien qu’il y a un plan derrière tout cela. L’ennemi semble tout savoir de nous. Il faut donc agir d’urgence car j’ai bien peur qu’un mouchard soit parvenu à siéger au cabinet secret du Grand Ministère »
          
L’abbé Blanqui, désemparé, se signa trois fois de suite.


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