lundi 13 juillet 2015

Episode 11 - Un sauvetage inatendu

  
La vieille dame aux couettes de fillettes vint sauvagement pincer la princesse au bras en s’esclaffant : « Alors, tu vois, mon enfant ! Tu peux enfin te réveiller de ton mauvais sommeil er sortit de ta cage dorée ! Pinci-Pinça ! Hé, Hé ! Finis les titres… Adieu duchesse du Berry et comtesse de Chambord ! Et bonjour Marie-France, sans particule au milieu ! » Ni Marie-Caroline, ni Suzon ne songèrent à répliquer. Leur abattement était trop insupportable. Le déshonneur s’ajoutait au malheur d’être tombées aux mains de l’ennemi. Encouragée par leur absence de réaction, l’horrible Juliette poursuivit : « Vous voilà  maintenant au royaume de l’avenir, dans le pays de l’égalité et du respect mutuel. Sous la protection des souverains éclairés d’Angleterre et de Nouvelle Bretagne, vous oublierez bientôt les ruines moisies de ces vieilles contrées putrides que sont la Touraine et le Jardin de France pour vivre une existence fabuleuse en « Loire Valley » ! Very nice, isn’t it ? »
          
Ces quelques mots de trop produisirent un soudain déclic dans l’esprit de Marie-Caroline : « Foutredieu, j’allais oublier ! » Puis, se tournant vers Suzon, elle murmura dans un souffle : « Attention, ça va aller très vite ! » et, d’un geste brusque, elle arracha son collier de perles qu’elle jeta aux pieds du Docteur Pendulus. « A terre ! » cria-t-elle à Suzon. Aussitôt, des éclairs bleutés emprisonnèrent le sinistre personnage qui perdit immédiatement connaissance tandis que trois volutes de fumée bleue, blanche et rouge se dressaient dans le ciel clair. Au même instant, un son strident se fit entendre qui immobilisa Juliette er son compagnon métallique.
« Qu’est-ce que c’est que ce feu d’artifice ?sourit Suzon, admirative.
-Je t’avais bien dit que tout n’était pas joué, pas vrai ?
-Tu ne m’as jamais rien dit, Marieke, juste ce geste bizarre que tu as fait tout à l’heure en sortant… Si je m’étais douté ! Tu es une magicienne !
-Mais non, bécasse ! C’est de la science… Qui nous fait juste gagner un peu de temps. Parce que maintenant, il faut vite trouver un plan… »
          
Suzon blêmit soudain. « Ecoute, Marieke, il y a un drôle de bruit, comme un ronronnement qui vient d’en-dessus. C’est pas vrai ! Ils vont nous reprendre ! » Confirmant la crainte de la jeune fille, un treuil terminé d’un lasso en cuivre déchira la fumée de haut en bas et vint la saisir tandis que son amie subissait le même sort. Elles furent happées vers le ciel sans avoir eu le temps de pousser un cri. Deux bons sourires les accueillirent à bord de la barge de sauvetage numéro 1 du défunt vaisseau « l’Albatros ». Lorsqu’elles furent détachées, le commandant effectua une révérence suivie d’un impeccable garde-à-vous : «  Votre altesse peut se vanter d’avoir eu de la chance, car si l’engin où vous étiez retenue n’avait pas pris feu…
-Sachez, Monsieur l’officier, que la chance n’a rien à voir là-dedans et qu’il faut plutôt remercier la technique… Ainsi que vous, naturellement pour nous avoir tirées de ce mauvais pas, et ce monsieur ?
-Michel Ardan, pour vous servir. Nous avons bien cru ne jamais vous retrouver !
-Eh bien, vous l’avez fait et c’est du bon travail ! Mais je ne vois pas mon parrain, commandant, où est Monsieur Jules Verne ? »

          
L’officier, d’un air grave, se découvrit et la princesse fondit en sanglots.

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